C’est pas le mot juste

Chercher le mot juste, c’est toute une histoire.

D’autant qu’un mot peut sonner juste un jour et plus le lendemain, et que telle petite musique qui m’enchante pourra te sembler dissonante ou sans intérêt… ô lecteur impitoyable !

Chercher le mot juste est au cœur d’une scène des Gens normaux n’ont rien d’exceptionnel que Laurence Ferreira Barbosa réalisa en 1993. Martine -Valeria Bruni-Tedeschi – soigne un chagrin d’amour dans un hôpital psychiatrique. La scène se situe dans le dernier quart du film. Martine discute avec un autre pensionnaire de l’HP, monsieur Edmond, auquel une barbe blanche donne des allures de vieux sage. Ils sont installés dans des fauteuils au tissu vieillot et fument chacun une cigarette.

Monsieur Edmond – Avant, j’étais riche…

Martine – Maintenant vous êtes pauvre ?

– Non… Non.

– Moi, j’ai jamais été riche. Ce soir, j’ai de l’espoir.

Monsieur Edmond, esquissant un « non » de la tête :

– L’espoir, non… C’est pas ça, c’est pas le mot juste.

Martine, catégorique :

– Si, si, justement, c’est le mot juste. J’y crois. J’ai l’impression de vous connaître. Vous pouvez me parler, je vous comprends…

– Il doit exister un mot plus juste.

Quelques secondes plus tard, Martine à monsieur Edmond :

– Vous croyez encore à l’amour ?

Haussement de sourcils de l’intéressé.

– C’est trop lourd, trop bon marché. Il y a quelque chose de plus cher …

Puis, plus loin:

– Y’a un mot qui brûle… Un mot qui tombe à pique… Quel est ce mot ? Il était là avant-hier…

Ou comment « batailler » par l’absurde, façon dialogue de sourds, sur ce que serait ou pas le mot juste.

On peut visionner l’extrait ici.